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Traitement

Hormonothérapie : quelles sont les différences entre les hormones bio-identiques et les hormones synthétiques?

Bio-identique, synthétique, voie orale ou transdermique : comprendre ce qui distingue les hormones utilisées en ménopause et pourquoi ces différences comptent.

Rédigé par Guerda Romain, B.Sc. inf., M.Sc.

Lorsqu'une hormonothérapie est envisagée pour soulager les symptômes de la périménopause ou de la ménopause, plusieurs questions se posent.

Les hormones sont-elles sécuritaires? Que signifie le terme « bio-identique »? Les hormones synthétiques sont-elles plus risquées? Le timbre est-il préférable au comprimé?

Ces questions sont importantes, car toutes les hormonothérapies ne sont pas équivalentes. Leurs effets et leurs risques peuvent varier selon la molécule utilisée, sa dose ou sa voie d'administration.

Comprendre ces différences permet de choisir une hormonothérapie adaptée à chaque situation.

En bref

  • Les hormones bio-identiques possèdent une structure moléculaire identique à celle des hormones produites par le corps humain. L'estradiol-17β et la progestérone micronisée en sont les principaux exemples dans le cadre du traitement hormonal de la ménopause (THM).
  • La désignation « bio-identique » ne garantit pas qu'un traitement est plus sécuritaire. La voie d'administration joue également un rôle important. Même s'il est bio-identique, l'estradiol-17β pris par voie orale traverse le foie avant d'atteindre la circulation générale et peut augmenter le risque thromboembolique.
  • L'estradiol-17β transdermique, administré sous forme de timbre ou de gel, évite ce premier passage hépatique. Il est donc généralement associé à un profil thromboembolique plus favorable que les estrogènes oraux.
  • Lorsqu'une protection de l'endomètre est nécessaire, la progestérone micronisée présente également certains avantages comparativement aux progestines synthétiques. Cependant, celle-ci peut ne pas convenir à toutes les femmes.

Qu'est-ce qu'une hormone bio-identique?

Une hormone est dite bio-identique lorsque sa structure moléculaire est identique à celle de l'hormone produite naturellement par le corps humain.

En hormonothérapie ménopausique, les deux principales hormones bio-identiques sont :

  • L'estradiol-17β : principal estrogène produit par les ovaires durant les années reproductives.
  • La progestérone micronisée : progestérone dont la structure est identique à celle produite naturellement par le corps après l'ovulation.

Le terme « micronisée » signifie que la progestérone a été transformée en très petites particules afin d'en améliorer l'absorption par l'organisme.

Une hormone bio-identique peut être fabriquée en laboratoire à partir de matières premières d'origine végétale. Ce qui la rend bio-identique n'est donc pas son origine, mais bien sa structure moléculaire finale.

Il existe au Canada des préparations bio-identiques homologuées, fabriquées selon des normes pharmaceutiques précises et offertes dans des doses standardisées. L'estradiol-17β oral ou transdermique et la progestérone micronisée font notamment partie des options d'hormonothérapie systémique reconnues.

Bio-identique ne veut pas nécessairement dire préparée sur mesure

Le terme « hormones bio-identiques » est parfois associé aux préparations magistrales fabriquées sur mesure par une pharmacie. Pourtant, une hormonothérapie n'a pas besoin d'être préparée sur mesure pour être bio-identique.

Des formulations réglementées d'estradiol-17β et de progestérone micronisée sont déjà offertes sur ordonnance. Elles ont été évaluées quant à leur qualité, leur dosage et leur fabrication.

Les préparations magistrales peuvent être indiquées dans certaines circonstances particulières, par exemple lorsqu'une formulation commerciale ne convient pas. Elles ne sont toutefois pas considérées comme plus sécuritaires ou plus efficaces de façon générale.

Les préparations non homologuées peuvent présenter une plus grande variabilité de dosage et disposent de moins de données sur leur efficacité et leur innocuité. Leur utilisation courante n'est donc pas recommandée lorsqu'une préparation réglementée et homologuée répond aux besoins de la personne.

Qu'entend-on par hormones synthétiques?

Le terme « synthétique » est souvent utilisé pour parler des hormones dont la structure diffère de celle des hormones humaines, même si elles produisent certains effets similaires dans le corps.

Parmi les exemples couramment rencontrés figurent certaines progestines synthétiques, comme :

  • l'acétate de médroxyprogestérone;
  • la noréthindrone;
  • le lévonorgestrel.

L'éthinylestradiol constitue un autre type d'hormone (un estrogène) non bio-identique.

La distinction entre « bio-identique » et « synthétique » peut donc être utile, mais elle ne suffit pas pour déterminer le profil d'un traitement.

Il faut aussi considérer :

  • la voie d'administration;
  • la dose;
  • le type précis d'estrogène;
  • le type de progestagène (progestérone vs progestines synthétiques);
  • les facteurs de risque individuels.

Pourquoi la voie d'administration de l'estradiol est-elle importante?

L'estradiol-17β, un estrogène bio-identique, peut être administré de différentes façons, notamment :

  • par voie orale, sous forme de comprimé;
  • par voie transdermique, sous forme de timbre ou de gel.

La molécule est la même, mais son trajet dans l'organisme est différent.

L'estradiol-17β oral

Lorsqu'il est pris sous forme de comprimé, l'estradiol est absorbé par le système digestif, puis passe par le foie avant d'atteindre la circulation générale.

Ce processus est appelé le premier passage hépatique.

Le passage par le foie peut modifier la production de certaines protéines, notamment celles qui participent à la coagulation du sang.

Pour cette raison, les estrogènes oraux, bio-identiques ou non, peuvent augmenter le risque de thromboembolie veineuse.

Une thromboembolie veineuse peut notamment prendre la forme :

  • d'une thrombose veineuse profonde;
  • d'une embolie pulmonaire.

De plus, l'estradiol-17β par voie orale est largement transformé en estrone (E1), un estrogène se trouvant naturellement dans le corps de la femme, mais ayant un profil anti-inflammatoire moins favorable que l'estradiol (E2).

L'estradiol-17β transdermique

Lorsqu'il est appliqué sur la peau sous forme de timbre ou de gel, l'estradiol passe directement dans la circulation sanguine.

Il évite ainsi le premier passage par le foie et exerce moins d'effets sur les protéines participant à la coagulation.

Les études indiquent généralement que l'estradiol transdermique est associé à un risque de thromboembolie veineuse plus faible que les estrogènes oraux.

La voie transdermique pourrait également contribuer à réduire le risque d'accident vasculaire cérébral comparativement à certaines hormonothérapies orales.

Les principaux avantages de l'estradiol transdermique

L'estradiol-17β transdermique est souvent privilégié lorsqu'il est cliniquement approprié, notamment parce qu'il :

  • évite le premier passage hépatique;
  • influence moins les facteurs de coagulation que les estrogènes oraux;
  • présente généralement un profil thromboembolique plus favorable;
  • permet d'utiliser une hormone dont la structure est identique à celle de l'estradiol humain;
  • peut être envisagé en présence de certains facteurs de risque.

La voie transdermique peut notamment être privilégiée en présence de certaines situations, comme :

  • les migraines;
  • l'obésité;
  • le syndrome métabolique;
  • le tabagisme;
  • l'hypertension;
  • une dyslipidémie;
  • certains facteurs de risque cardiovasculaires ou thromboemboliques.

Toutefois, cela ne signifie pas que l'estradiol transdermique est approprié pour toutes les femmes. Une évaluation individualisée demeure nécessaire afin de déterminer si l'hormonothérapie est appropriée et quelle formulation correspond le mieux au profil clinique de la personne.

Pourquoi faut-il souvent ajouter un progestagène?

Chez une femme qui a encore son utérus, un estrogène systémique utilisé seul peut stimuler l'endomètre, soit la muqueuse qui tapisse l'intérieur de l'utérus.

Une exposition prolongée à un estrogène sans protection adéquate peut entraîner une hyperplasie de l'endomètre et augmenter le risque de cancer de l'endomètre.

La progestérone ou une progestine synthétique doit donc généralement être ajoutée afin de protéger cette muqueuse.

Après une hystérectomie, bien que cette protection ne soit plus nécessaire, plusieurs femmes peuvent bénéficier de l'ajout de la progestérone à leur plan de traitement.

Progestérone micronisée ou progestines synthétiques?

La progestérone micronisée est bio-identique. Sa structure est identique à celle de la progestérone humaine.

Les progestines synthétiques, comme l'acétate de médroxyprogestérone, se lient également aux récepteurs de la progestérone, mais leur structure et leurs effets biologiques ne sont pas exactement les mêmes.

Certaines progestines peuvent aussi interagir avec d'autres récepteurs hormonaux, ce qui peut contribuer à des différences dans leurs effets métaboliques ou vasculaires.

Les données disponibles suggèrent que la progestérone micronisée pourrait présenter un profil thromboembolique plus favorable que certaines progestines synthétiques.

À l'inverse, certaines associations comprenant des estrogènes conjugués et des progestines synthétiques, dont l'acétate de médroxyprogestérone, ont été associées à une augmentation du risque thromboembolique.

Les avantages possibles de la progestérone micronisée

Lorsqu'elle est prescrite à une dose et selon un schéma appropriés, la progestérone micronisée offre plusieurs avantages.

Elle protège l'endomètre

Lorsqu'elle est associée à un estrogène systémique chez une femme qui a son utérus, un rôle important est de réduire la stimulation de l'endomètre et de prévenir son épaississement excessif.

Cette protection dépend toutefois :

  • de la dose utilisée;
  • de la durée d'administration;
  • du schéma continu ou cyclique;
  • de l'adhésion au traitement.

Son profil thromboembolique semble plus favorable

Les études suggèrent que la progestérone micronisée n'ajoute pas le même risque thromboembolique que certaines progestines synthétiques.

Dans certaines études, l'association d'un estrogène et de progestérone micronisée ne semblait pas augmenter significativement le risque de thromboembolie veineuse comparativement à l'absence d'hormonothérapie.

Elle pourrait présenter un profil mammaire différent

Certaines études ont observé un risque de cancer du sein moins élevé avec les associations comprenant de la progestérone micronisée qu'avec plusieurs associations contenant des progestines synthétiques.

Ces résultats sont rassurants, mais ils ne signifient pas qu'une hormonothérapie comprenant de la progestérone micronisée ne comporte aucun risque mammaire.

Le risque dépend également :

  • de l'âge;
  • du type d'estrogène utilisé;
  • des antécédents personnels et familiaux;
  • du profil de risque individuel.

Elle peut favoriser le sommeil chez certaines femmes

La progestérone micronisée possède un effet calmant favorisant le sommeil pour beaucoup de femmes et est généralement prise au coucher.

Certaines études ont observé une amélioration de paramètres liés au sommeil, notamment le temps nécessaire pour s'endormir.

La progestérone peut avoir un effet sédatif par son action sur les voies du GABA (acide gamma-aminobutyrique). Cet effet peut être bénéfique pour certaines femmes, mais il peut aussi provoquer :

  • de la somnolence;
  • des étourdissements;
  • une sensation de fatigue;
  • une diminution de la vigilance.

La réponse peut varier d'une personne à l'autre.

Certaines formulations peuvent contenir de l'huile de tournesol ou d'arachide. Il est important de vérifier les ingrédients en cas d'allergie.

Pourquoi les anciennes études ne représentent-elles pas toutes les hormonothérapies actuelles?

Une grande partie des inquiétudes entourant l'hormonothérapie provient de la Women's Health Initiative, dont les premiers résultats ont été publiés en 2002.

Dans le volet combiné de cette étude, l'hormonothérapie évaluée comprenait :

  • des estrogènes conjugués équins (ECE) pris par voie orale;
  • de l'acétate de médroxyprogestérone (AMP), une progestine synthétique.

Cette association n'est pas équivalente au traitement hormonal de la ménopause actuel, qui comprend souvent de l'estradiol-17β transdermique et de la progestérone micronisée.

Les résultats obtenus avec une formulation donnée ne peuvent donc pas être appliqués automatiquement à toutes les hormonothérapies, à toutes les voies d'administration et à toutes les femmes. Lorsqu'on parle d'hormones, il est important de se poser la question : « De quelle hormone parle-t-on exactement? »

Cela ne signifie pas que les données de la Women's Health Initiative doivent être écartées. Elles ont notamment fourni des renseignements essentiels sur les risques de certaines formulations et sur l'importance de considérer l'âge et le moment où l'hormonothérapie est commencée.

L'hormonothérapie : sécuritaire lorsqu'adaptée

L'hormonothérapie ne devrait pas être considérée comme une formule unique.

Elle doit être individualisée et réévaluée au fil du temps; le besoin d'ajuster périodiquement le plan de traitement est tout à fait normal. Les recommandations actuelles insistent sur une prise de décision partagée tenant compte de plusieurs facteurs.

À retenir

Les hormones bio-identiques ont une structure moléculaire identique à celle des hormones humaines. L'estradiol-17β et la progestérone micronisée en sont les principaux exemples.

Le terme « bio-identique » ne suffit toutefois pas à prédire le profil de sécurité d'une hormonothérapie.

La voie d'administration joue un rôle déterminant : l'estradiol-17β oral passe par le foie et peut augmenter le risque thromboembolique, tandis que la voie transdermique évite ce premier passage et présente généralement un profil plus favorable.

La progestérone micronisée protège l'endomètre lorsqu'elle est utilisée adéquatement et semble associée à un risque thromboembolique plus faible que certaines progestines synthétiques.

Elle peut aussi favoriser le sommeil chez certaines femmes.

Le choix d'une hormonothérapie doit toujours tenir compte de l'ensemble du profil clinique.

Pour aller plus loin

La distinction entre hormones bio-identiques et hormones synthétiques n'est qu'un des éléments à considérer pour mieux comprendre le traitement hormonal de la ménopause. Le type d'hormone, sa structure moléculaire, sa voie d'administration, sa dose et la façon dont elle est associée à d'autres hormones peuvent tous influencer son efficacité et son profil de risque.

Pour approfondir les bénéfices, les risques et les idées reçues les plus fréquentes au sujet du traitement hormonal de la ménopause, consultez également notre article « Hormonothérapie : mythes et faits ». Pour une vue d'ensemble des options offertes au Québec, vous pouvez aussi consulter notre page sur l'hormonothérapie à la ménopause.

Dans un prochain article, nous discuterons des différents types d'hormones sexuelles féminines, de leurs principales caractéristiques et de leurs rôles dans la transition ménopausique.

Avis

Cet article présente de l'information éducative générale. Il ne remplace pas une évaluation clinique ni les conseils d'une professionnelle de la santé.

Références et lectures supplémentaires

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Guerda Romain, fondatrice de Pause Claire

Guerda Romain, B.Sc. inf., M.Sc.

Infirmière clinicienne, fondatrice de Pause Claire

Guerda Romain est infirmière clinicienne, titulaire d'une maîtrise en santé publique et membre de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. Par l'entremise de Pause Claire, elle offre des soins en périménopause et en ménopause fondés sur les données probantes aux femmes du Québec.

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