Le syndrome génito-urinaire de la ménopause : des symptômes fréquents dont on parle encore trop peu
Sécheresse, irritation, douleur lors des relations sexuelles ou symptômes urinaires peuvent faire partie d'un même ensemble de changements liés à la transition ménopausique.
Rédigé par Guerda Romain, B.Sc. inf., M.Sc.
En bref
- Le syndrome génito-urinaire de la ménopause peut affecter la vulve, le vagin, l'urètre et la vessie.
- Il peut se manifester par de la sécheresse, des brûlures, des démangeaisons, un inconfort sexuel ou différents symptômes urinaires.
- Contrairement à certains symptômes de la ménopause qui peuvent diminuer avec le temps, les manifestations génito-urinaires ont souvent tendance à persister ou à progresser.
- Ces symptômes ne doivent pas être automatiquement attribués à la ménopause : une évaluation permet d'en clarifier la cause et d'écarter d'autres conditions.
La ménopause est souvent associée aux bouffées de chaleur, aux sueurs nocturnes ou aux changements du sommeil et de l'humeur. Pourtant, la diminution des hormones sexuelles peut également entraîner des changements au niveau de la vulve, du vagin et des voies urinaires.
Ces manifestations sont regroupées sous le terme syndrome génito-urinaire de la ménopause, ou SGUM.
Bien qu'il puisse toucher une proportion importante des femmes durant la transition ménopausique, le SGUM demeure méconnu. Certaines femmes hésitent à aborder leurs symptômes. D'autres pensent qu'ils sont inévitables, qu'ils font simplement partie du vieillissement ou qu'ils ne sont pas suffisamment importants pour être mentionnés durant leurs rendez-vous médicaux de routine.
Pourtant, ces changements peuvent avoir des répercussions réelles sur le confort quotidien, le sommeil, les activités physiques, la santé urinaire, la sexualité et la qualité de vie.
Qu'est-ce que le syndrome génito-urinaire de la ménopause?
Le syndrome génito-urinaire de la ménopause désigne un ensemble de symptômes et de changements physiques associés à la diminution des concentrations d'œstrogènes et d'autres hormones sexuelles pendant la transition ménopausique.
Ces changements peuvent toucher plusieurs structures :
- la vulve;
- les lèvres vaginales;
- le clitoris;
- l'entrée du vagin;
- le vagin;
- l'urètre;
- la vessie.
Le terme a été adopté parce que les expressions autrefois utilisées, comme atrophie vaginale, atrophie vulvovaginale ou vaginite atrophique, ne décrivaient qu'une partie du problème. Le SGUM ne concerne pas uniquement le vagin : il peut également affecter la vulve, la fonction sexuelle et les voies urinaires.
Au Canada, les données populationnelles portant précisément sur le syndrome génito-urinaire de la ménopause demeurent limitées. Dans un sondage national mené auprès de 1 023 femmes canadiennes âgées de 40 à 60 ans, 30 % ont rapporté une sécheresse, des démangeaisons ou des brûlures vaginales, 23 % des fuites urinaires, 17 % une douleur pendant les relations sexuelles et 8 % des infections urinaires (Menopause Foundation of Canada, 2022). Ces résultats décrivent des symptômes pouvant être associés au SGUM, mais ne constituent pas une estimation diagnostique de sa prévalence et ne distinguent pas les femmes en périménopause de celles en ménopause.
Pourquoi ces changements surviennent-ils?
Les tissus de la vulve, du vagin, de l'urètre et de la vessie possèdent des récepteurs sensibles aux hormones sexuelles.
Lorsque les concentrations d'estrogènes diminuent, plusieurs changements peuvent progressivement se produire :
- les tissus vaginaux peuvent devenir plus minces et plus fragiles;
- la quantité de collagène et l'élasticité peuvent diminuer;
- le débit sanguin vers les tissus génitaux peut être réduit;
- la lubrification peut diminuer;
- le canal vaginal peut devenir moins extensible;
- le pH vaginal peut augmenter;
- la composition du microbiote vaginal peut se modifier.
La diminution des cellules riches en glycogène réduit notamment les conditions favorables aux lactobacilles, des bactéries qui contribuent normalement au maintien d'un environnement vaginal acide. Ces changements peuvent augmenter la sensibilité des tissus, favoriser l'irritation et contribuer à une plus grande vulnérabilité à certaines infections urinaires.
Ces modifications ne se produisent pas nécessairement toutes en même temps. Certaines femmes remarquent d'abord une légère sécheresse, alors que d'autres consultent pour une douleur lors des relations sexuelles ou pour des symptômes urinaires répétés.
Quels sont les symptômes possibles?
Le syndrome génito-urinaire de la ménopause peut se présenter de différentes façons. Une femme peut ressentir un seul symptôme ou plusieurs manifestations simultanément.
Symptômes vulvaires et vaginaux
Les manifestations possibles comprennent :
- une sensation de sécheresse;
- des brûlures;
- des démangeaisons;
- une irritation ou une sensibilité accrue;
- une sensation de tiraillement;
- un inconfort au contact des vêtements;
- des pertes vaginales différentes de l'habitude;
- de légers saignements causés par la fragilité des tissus.
Certaines femmes ressentent également un inconfort lorsqu'elles s'essuient après avoir uriné, pendant un examen gynécologique ou lors de certaines activités physiques.
Symptômes urinaires
Le SGUM peut aussi être associé à des changements urinaires, notamment :
- un besoin d'uriner plus souvent;
- une envie soudaine ou difficile à retenir;
- des réveils nocturnes pour uriner;
- une sensation de brûlure au moment d'uriner;
- des infections urinaires récurrentes;
- une augmentation ou une modification des fuites urinaires chez certaines femmes.
Ces symptômes ne sont pas toujours causés par une infection. Inversement, une sensation de brûlure ne devrait pas être automatiquement attribuée à la ménopause sans évaluation, particulièrement lorsqu'elle est nouvelle, intense ou accompagnée d'autres manifestations.
Changements liés à la sexualité
Le SGUM peut également influencer la réponse sexuelle et le confort pendant les relations.
Les changements possibles comprennent :
- une diminution de la lubrification;
- un inconfort ou une douleur pendant la pénétration;
- une sensation de brûlure après les relations sexuelles;
- de petites fissures ou de légers saignements;
- une diminution de l'excitation ou du plaisir;
- une appréhension des relations sexuelles en raison de la douleur.
Une diminution du désir n'est pas nécessairement causée directement par un changement hormonal. Elle peut aussi être une conséquence de l'inconfort, de la peur d'avoir mal, de la fatigue ou de l'anticipation d'une expérience désagréable.
Avec le temps, la douleur peut entraîner une contraction involontaire des muscles du plancher pelvien, ce qui peut accentuer l'inconfort. La sexualité est toutefois personnelle : l'importance accordée à ces changements et leurs répercussions varient d'une femme à l'autre.
À quel moment les symptômes peuvent-ils apparaître?
Les symptômes peuvent commencer pendant la transition ménopausique, alors que les concentrations hormonales deviennent plus variables, mais ils sont généralement plus fréquents après la ménopause.
Leur évolution les distingue de plusieurs autres manifestations de la ménopause.
Les bouffées de chaleur et les sueurs nocturnes peuvent éventuellement diminuer chez certaines femmes. Les changements génito-urinaires, quant à eux, ont plutôt tendance à persister et peuvent progresser avec le temps. Le SGUM est donc considéré comme une condition chronique et évolutive.
Cela ne signifie pas que chaque symptôme s'aggravera nécessairement. L'évolution demeure individuelle. Il est cependant moins probable que des symptômes persistants disparaissent spontanément simplement parce que plusieurs années se sont écoulées depuis la ménopause.
Pourquoi le SGUM demeure-t-il si peu reconnu?
Plusieurs facteurs peuvent expliquer pourquoi ces symptômes ne sont pas toujours abordés.
Certaines femmes :
- ne font pas le lien entre leurs symptômes et la transition ménopausique;
- utilisent des mots comme sécheresse ou inconfort sans savoir qu'il peut s'agir d'un ensemble clinique reconnu;
- considèrent leurs symptômes comme une conséquence normale de l'âge;
- ressentent de la gêne à parler de leur vulve, de leur vessie ou de leur sexualité;
- pensent que la professionnelle de la santé abordera le sujet si cela est important;
- craignent que leurs préoccupations soient minimisées.
De leur côté, les professionnelles de la santé ne posent pas toujours systématiquement des questions sur la santé génito-urinaire ou sexuelle. Les lignes directrices canadiennes recommandent pourtant de rechercher activement ces symptômes de façon régulière chez les femmes en périménopause et en ménopause.
Il est possible de parler de ces manifestations de manière simple et descriptive : sécheresse, brûlure, douleur, urgence urinaire, infections répétées ou changement dans le confort sexuel. Il n'est pas nécessaire de connaître le terme médical pour que les symptômes méritent d'être entendus.
Tous les symptômes génitaux ou urinaires sont-ils causés par la ménopause?
Non.
Plusieurs conditions peuvent provoquer des symptômes semblables à ceux du SGUM. Une irritation, des démangeaisons, une douleur ou des brûlures peuvent notamment être associées à :
- une infection vaginale ou urinaire;
- une infection transmissible sexuellement;
- une réaction à un savon, à un produit parfumé ou à un autre irritant;
- une maladie dermatologique de la vulve;
- une condition du plancher pelvien;
- une douleur vulvaire ou pelvienne d'une autre origine;
- un prolapsus;
- certains médicaments ou traitements médicaux;
- plus rarement, une lésion précancéreuse ou cancéreuse, etc.
La présence de symptômes pendant ou après la transition ménopausique ne suffit donc pas, à elle seule, pour conclure qu'ils sont causés par le SGUM. Une évaluation permet de reconnaître le portrait clinique et de déterminer si d'autres explications doivent être recherchées.
Comment le SGUM est-il évalué?
L'évaluation commence généralement par une discussion sur les symptômes :
- leur moment d'apparition;
- leur fréquence et leur intensité;
- les facteurs qui semblent les aggraver;
- leur effet sur le confort, le sommeil ou les activités;
- les changements urinaires;
- les infections antérieures;
- la présence de douleur;
- les répercussions sur la sexualité ou la relation;
- les produits déjà utilisés;
- les antécédents médicaux, gynécologiques et médicamenteux.
Un examen de la vulve et du vagin peut être recommandé afin d'observer l'état des tissus et d'écarter d'autres conditions. Selon les symptômes, une analyse d'urine, un prélèvement vaginal ou d'autres investigations peuvent également être nécessaires. Les lignes directrices récentes soulignent l'importance d'une histoire ciblée et, lorsque cela est approprié, d'un examen pelvien pour reconnaître les changements physiques associés au SGUM.
L'évaluation doit être adaptée au confort de la femme. Une douleur anticipée, une expérience gynécologique difficile ou une inquiétude particulière peuvent être discutées avant l'examen.
Quand une évaluation est-elle particulièrement importante?
Il est pertinent d'aborder les symptômes lorsqu'ils sont persistants, qu'ils récidivent ou qu'ils influencent la qualité de vie.
Certains signes ne devraient toutefois pas être simplement attribués au SGUM et nécessitent une évaluation clinique, notamment :
- un saignement vaginal après la ménopause;
- un saignement répété après les relations sexuelles;
- une lésion, une plaie ou une masse visible;
- une douleur pelvienne nouvelle ou persistante;
- du sang dans l'urine;
- des pertes inhabituelles, particulièrement si elles sont malodorantes;
- de la fièvre, des frissons ou une douleur au dos accompagnant des symptômes urinaires;
- des infections urinaires fréquentes ou insuffisamment documentées;
- une douleur importante ou qui s'aggrave rapidement.
Un léger saignement peut parfois être associé à la fragilité des tissus, mais un saignement survenant après la ménopause doit toujours faire l'objet d'une évaluation afin d'en déterminer la cause.
À retenir
Le syndrome génito-urinaire de la ménopause est fréquent, mais encore peu connu.
Il peut affecter la vulve, le vagin, la vessie, les voies urinaires et le confort sexuel. Ses manifestations ne se limitent pas à la sécheresse vaginale et peuvent être confondues avec une infection ou d'autres conditions.
Contrairement à certaines manifestations de la ménopause qui peuvent s'atténuer avec le temps, les symptômes génito-urinaires ont souvent tendance à persister. Ils ne constituent toutefois pas une conséquence qu'il faut simplement banaliser ou endurer.
Reconnaître ces changements constitue une première étape importante pour mieux comprendre ce qui se passe et déterminer si une évaluation plus approfondie est nécessaire.
Pour aller plus loin
Le syndrome génito-urinaire de la ménopause peut se présenter de nombreuses façons, et toutes les femmes n'ont pas les mêmes symptômes, les mêmes priorités ni les mêmes antécédents de santé.
Si ces changements affectent votre quotidien, une évaluation peut vous aider à y voir plus clair. Notre page sur la consultation en ménopause au Québec explique comment une consultation peut vous accompagner. Pour mieux comprendre les traitements hormonaux offerts à la ménopause, vous pouvez aussi consulter notre page sur l'hormonothérapie à la ménopause.
Notre article « Syndrome génito-urinaire de la ménopause : quelles sont les options thérapeutiques? » est consacré aux différentes options thérapeutiques permettant de prendre en charge le SGUM. Il explique comment celles-ci se distinguent, les symptômes auxquels elles peuvent répondre et les éléments à considérer pour orienter une décision individualisée.
Avis
Cet article présente de l'information éducative générale. Il ne remplace pas une évaluation clinique ni les conseils d'une professionnelle de la santé.
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